Institut Jean Nicod

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Soutenance de thèse - Justine Mertz - "Phonological contrast and feature inventories in sign language : A study on French Sign Language (LSF)"

 

Date : mardi 31 mai à 16h

lieu : Amphithéâtre Turing, bâtiment Sophie Germain (Université Paris Cité, 8 place Aurélie Nemours – 75013 Paris).

Jury

  • Diane BRENTARI, Professeure, University of Chicago, rapportrice
  • Karen EMMOREY, Professeure, San Diego State University, rapportrice
  • Ioana CHITORAN, Professeure, Université Paris Cité, présidente du jury
  • Mirko SANTORO, Chargé de recherche, Université Paris 8, examinateur
  • Giuseppina TURCO, Chargée de recherche, Université Paris Cité - CNRS, directrice de thèse
  • Carlo GERACI, Directeur de recherche, Institut Jean Nicod - Ecole Normale Supérieure - CNRS, directeur de thèse

 

Résumé

Dans cette thèse, notre objectif est de fournir une analyse complète du contraste et des inventaires de traits dans les langues des signes (LS) d’un point de vue théorique, empirique et expérimental. Nous utilisons les données de la Langue des Signes Française (LSF), une langue encore peu etudiée et dont on connaît peu la phonologie. Nous explorons les modèles théoriques basés sur les traits afin de cerner la nature des inventaires des LS. L’étude d’un emplacement particulier sur la main, la partie palmée des doigts (webbing), permet de mieux comprendre comment déterminer le contenu des inventaires des traits.

Nous montrons qu’en raison des difficultés à trouver de véritables paires minimales, d’autres formes de contraste doivent être utilisées pour composer les inventaires phonologiques, telles que les paires minimales approximatives, la productivité, ainsi que la neutralisation. Contrairement aux études sur la Langue des Signes Américaine (ASL), nous apportons la preuve à partir de la LSF que le trait [web] doit être inclus parmi les traits que les signants peuvent utiliser pour créer un contraste phonologique. Son statut nous a alors conduit à revoir les traits de (sous-)emplacement comme traits d’orientation dans certains modèles phonologiques.

Notre deuxième étude sur les traits nous permet de revoir le statut de l’orientation dans la composition des signes. Dans de nombreux modèles phonologiques, l’orientation est dérivée d’une spécification de la configuration manuelle et d’une spécification de l’emplacement, tandis que d’autres la considère comme une propriété absolue de la main. Notre analyse des signes à deux mains produits sur le corps du signant en LSF apporte la preuve que les deux sont nécessaires à leur représentation, et l’implémentation de plans secondaires dans un cadre formel nous permet de le faire.

Dans la troisième étude, nous capitalisons à un niveau plus global sur la notion de traits et les modèles géométriques pour appréhender la complexité articulatoire des signes. Nous évaluons la capacité d’un modèle théorique à refléter la complexité des signes en LSF : nous comparons une mesure basée sur les erreurs de répétition de signes existants produites par des entendants non-signants à une mesure basée sur la structure phonologique des signesdérivée dans le cadre du Prosodic Model (Brentari, 1998). Nos résultats montrent que les modèles phonologiques saisissent la complexité articulatoire globale, ainsi que celle de la configuration manuelle et de l’emplacement, mais pas celle du mouvement, la seule classe phonologique dynamique. En somme, ces résultats indiquent qu’un modèle théorique précis de la phonologie/phonétique des signes reflète le degré de complexité associé aux propriétés perceptives et articulatoires des signes.

Dans la dernière étude, nous examinons les mécanismes psycholinguistiques qui sous-tendent la perception du contraste dans les LS. Nous explorons la perception du contraste à partir d’une étude sur la perception catégorielle (PC) de la configuration manuelle et de l’emplacement en LSF. Nous montrons qu’un effet de PC est observé dans la configuration manuelle chez les Sourds signants, mais pas chez les entendants non-signants, une population jamais exposée à la phonologie de la LSF. Dans l’emplacement, aucun effet de PC n’a été observé, conformément à la littérature. L’effet significatif inattendu observé dans notre paire allophonique de la configuration manuelle remet en perspective la perception des unités (non-)contrastives dans les LS, et nous permet de mettre en évidence la finesse de la contrastivité dans la modalité visuo-gestuelle.

A partir des différentes dimensions abordées dans cette thèse, nous démontrons que l’ ́etude de la LSF apporte des éléments nécessaires à la compréhension de la manière dont les traits distinctifs rendent compte du contraste des LS en général, ainsi que leur rôle dans la détermination de la complexité des signes et dans la perception du contraste.


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