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Soutenance de thèse - Juliette Vazard - "The Anxious Inquirer. Emotions and Epistemic Uncertainty"

Date  : Jeudi 15 juillet 2021 à 14h00

Lieu : Par visioconférence. Les personnes souhaitant assister à la soutenance devront se rapprocher de la candidate Juliette Vazard

Jury :

  • M. Jérôme Dokic (Directeur de thèse), EHESS

  • M. Fabrice Teroni (Directeur de thèse), Université de Genève

  • M. Michael Brady, Université de Glasgow

  • Mme Anne Meylan, Université de Zurich

  • Mme Jennifer Nagel, Université de Toronto

  • Mme Elisabeth Pacherie, CNRS

          

Résumé :

En épistémologie, des développements récents ont conduit à considérer que les états affectifs sont des facteurs pertinents dans l’étude de la connaissance. Je me concentrerai précisément sur l’attitude épistémique du doute, dans la mesure où elle est liée à la réaction émotionnelle de l’anxiété. Dans cette thèse, je développe une hypothèse quant à la manière dont nos inclinations naturelles à faire l’expérience du doute sur le fait de savoir si p se produisent, ce qui impliquera de manière centrale des mécanismes affectifs spécifiques. Trois questions principales structurent le présent travail. La première question concerne la nature de l’enquête, ses étapes et ses desiderata (chapitre 1,2), la deuxième concerne les déterminants affectifs de l’enquête (chapitres 3, 4, 5, 6), et la troisième concerne les effets sur l’enquête lorsque ces déterminants affectifs fonctionnent mal (chapitres 7, 8, 9, 10). Dans les chapitres 1 et 2 de la thèse, j’expose certains des desiderata de l’enquête, tant en ce qui concerne les normes épistémiques que les normes de la rationalité pratique. Dans le chapitre 3, je me concentre sur cette étape clé spécifique de l’enquête : le moment du doute. Je donne un aperçu de la relation entre le doute et l’enquête telle que décrite par René Descartes, Charles Peirce et, plus récemment, Christopher Hookway. Le doute que je souhaite examiner plus en détail peut être appelé "doute réel" (Peirce, 1877), "doute chaud" (Thagard, 2008) ou "doute actif" (Hookway, 1998). Je m’attache ensuite à explorer les émotions et les sentiments qui sont considérés comme jouant un rôle central dans nos activités épistémiques, et plus spécifiquement dans le succès épistémique de nos enquêtes (Hookway 2002, 2003 ; Thagard 2002 ; Brun, Doguoglu & Kuenzle 2008 ; de Sousa 2009). Je présenterai ensuite mon propre cas d’étude, une émotion qui a été relativement négligée, notamment dans la littérature philosophique : l’émotion d’anxiété. Dans le chapitre 4, je dresse un portrait de l’anxiété : Je passe en revue ses caractéristiques fonctionnelles, ses caractéristiques phénoménologiques, ses tendances à l’action typiques, sa base cognitive, ses objets intentionnels et ses manifestations dysfonctionnelles. Au chapitre 6, je me concentre sur un type particulier d’anxiété : l’anxiété épistémique. L’objectif de ce chapitre est de faire la lumière sur la nature de l’anxiété épistémique, en proposant un compte rendu unifié de sa nature, de sa fonction et de son contenu. Au chapitre 7, je présente le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) comme une étude de cas de doute réel dysfonctionnel chronique. En examinant les mécanismes possibles responsables du doute pathologique, je propose d’ouvrir une voie vers la compréhension du type ordinaire de doute réel qui émerge au début de l’enquête. Quels sont les effets sur nos activités d’enquête, lorsque les mécanismes psychologiques qui sous-tendent le doute réel dysfonctionnent ? Le chapitre 8 se concentre sur les différentes défaillances épistémiques en jeu dans le TOC. Que pouvons-nous apprendre des formes dysfonctionnelles (temporaires et chroniques) de doute, sur la chaîne de mécanismes psychologiques qui concourent à provoquer un doute réel ? Dans le chapitre 9, je soutiens qu’en mettant en évidence les incertitudes épistémiques problématiques, l’anxiété épistémique met en évidence les possibilités d’erreur, les défaiteurs, et les conditions qui sapent la croyance. En d’autres termes, elle crée les conditions d’un passage, d’une base épistémique solide de jugement non réfléchi, à une inquiétude consciente (Nagel, 2018). Cela signifie, en ce qui concerne la réalité psychologique du doute, qu’elle implique nécessairement le processus de passage d’un mode de cognition intuitif, "en pilotage automatique", à un état d’esprit réfléchi et prudent, à la suite de l’expérience de signaux d’incertitude problématique.


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