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Soutenance de thèse - Sacha Altay - "Understanding Misinformation and Fighting for Information"

Date  : Mercredi 8 septembre 2021 à 15h00

Lieu : Salle Ribot (29 rue d’ulm), et sur Zoom (contacter Sacha Altay pour le lien)

Jury :

  • Dominique CARDON
  • Michael Bang PETERSEN
  • Pascal BOYER
  • Briony SWIRE-THOMPSON
  • Leticia BODE
  • Hugo MERCIER (Directeur de thèse)

 

Résumé :

Les fausses nouvelles affolent. Les Américains sont plus préoccupés par la désinformation que par le sexisme, le racisme, et le changement climatique. Ces craintes sont très largement exagérées. La désinformation ne représente qu’une infime portion des nouvelles consommées en ligne ( 1 %) et une petite minorité de gens est à l’origine de la majorité des fausses informations consommées et partagées en ligne. En moyenne, les gens sont capables de reconnaître les fausses nouvelles et d’identifier les sources d’information fiables. Les gens ne croient pas tout ce qu’ils voient et lisent sur l’internet. Il est peu probable que les réseaux sociaux exacerbent le problème de la désinformation, que les fausses nouvelles aient contribué à des événements politiques importants ou que les fausses nouvelles se répandent plus vite que la vérité. Cependant, certaines fausses nouvelles sont virales, et il est intéressant de comprendre pourquoi, malgré leur manque de fiabilité, ces fausses nouvelles deviennent virales.

Au cours d’une série d’expériences, nous avons identifié un facteur qui motive le partage des vraies et des fausses nouvelles : "l’intérêt-si-vrai" d’une nouvelle, e.g. si l’alcool était un remède contre la COVID-19 il suffirait de faire la fête pour se protéger du virus. Au cours de trois expériences en ligne (N = 904), les participants étaient plus disposés à partager des nouvelles qu’ils trouvaient plus intéressantes-si-vraies, ainsi que des nouvelles qu’ils jugeaient plus fiables. Ils considéraient les fausses nouvelles comme moins fiables mais plus intéressantes-si-vraies que les vraies nouvelles. Les gens pourraient partager des fausses nouvelles non pas par erreur, mais plutôt parce que ces nouvelles possèdent des qualités qui compensent pour leur manque de fiabilité, comme le fait d’être intéressantes- si-vraies.

Malgré ces qualités, pourquoi la plupart des gens sont-ils réticents à partager des fausses nouvelles ? Quatre expériences (N = 3 656) montrent que le partage de fausse nouvelle nuit à la réputation de son transmetteur d’une manière difficile à compenser par le partage de vraies nouvelles. La plupart des participants demandèrent à être payés pour partager des fausses nouvelles, et ce montant était d’autant plus important que leur réputation était en jeu.

Durant le deuxième parti de mon doctorat j’ai mesuré l’efficacité d’interventions pour informer efficacement les gens. J’ai montré que discuter en petits groupes des preuves scientifiques portant sur la sûreté des organismes génétiquement modifiés (OGM) et de l’utilité des vaccins, influençait l’opinion des gens en direction du consensus scientifique. Pour étendre le pouvoir persuasif de la discussion, nous avons développé un chatbot simulant les caractéristiques les plus importantes d’une discussion. Interagir avec ce chatbot réfutant les contre-arguments les plus courants contre les OGMs entraîna des attitudes plus positives à l’égard des OGMs que plusieurs conditions de contrôle (N = 1306).

Pendant la pandémie, nous avons déployé un chatbot répondant aux questions les plus courantes sur les vaccins COVID-19. Interagir quelques minutes avec ce chatbot augmenta l’intention des gens de se faire vacciner et eu un impact positif sur leurs attitudes envers les vaccins.

Au final, les gens ne sont pas stupides. Lorsqu’on leur présente de bons arguments, ils changent d’avis en direction de ces bons arguments. La plupart des gens évitent de partager des fausses nouvelles par souci pour leur réputation. L’ère de la « post-vérité » n’existe pas, la fiabilité de l’information est aussi importante aujourd’hui que par le passé. Dans l’ensemble, il est probablement plus important de se préoccuper du grand nombre de gens qui ne font pas confiance aux sources fiables et ne sont pas informés parce qu’ils ne suivent pas l’actualité, plutôt que de la minorité de gens qui font trop confiance aux sources douteuses et sont mal informées


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