Institut Jean Nicod

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Le Sublime et les Expériences Esthétiques

          

Le séminaire SublimAE (Le sublime et les expériences esthétiques), lié au projet ANR « SublimAE », se concentrera sur l’étude interdisciplinaire des expériences esthétiques, avec une attention particulière au sublime, en réunissant la philosophie, la psychologie et les sciences sociales. Nous explorerons, d’une part, comment l’expérience du sublime se connecte à d’autres expériences similaires ou opposées (le beau, la beauté terrible, le « awe », l’émerveillement, l’inquiétant, …), et, d’autre part, l’impact de ces expériences, et plus spécifiquement des expériences esthétiques, sur notre représentation du soi. Le séminaire comportera des présentations des participants du projet mais aussi des présentations invitées.

Lieu : Salle de réunion de l’Institut Jean Nicod

Contact : Margherita Arcangeli, Jérôme Dokic

Pour le programme complet, cliquez ici

      


            

Prochains SublimAE

           

         

Melanie Wald-Fuhrmann (Max-Planck-Institut für empirische Ästhetik, Frankfurt am Main)

"Musical epiphanies and their experiential qualities : between revelation and awe"

23 Mai, de 15h00 à 17h00 - EN LIGNE (exceptionnellement sur BBB)

Can feelings of sublimity influence our musical taste ? In this talk, I will present qualitative data on musical epiphanies. We asked people to write an autobiographical report about an encounter with unfamiliar music that changed their taste. A particular focus will lie on how people describe their experience in terms of feelings and responses, the metaphors they use and whether this could be conceptualized within the framework of the sublime

          

Esteban Buch (EHESS, CRAL)

“Sur les pouvoirs de la musique”

30 Mai, de 15h00 à 17h00

L’idée que la musique a un pouvoir, ou des pouvoirs, est couramment admise depuis des siècles. L’oratorio de Haendel de 1736, Alexander’s Feast, or the Power of Musick, en est un exemple de choix, où l’on entend le musicien Timothée exercer ce pouvoir sur les émotions et le comportement de l’empereur Alexandre le Grand. Cependant, la portée conceptuelle de cette idée reste instable et mal définie, comme on le voit à l’usage contemporain, notamment en sciences cognitives. A partir de la trajectoire de la notion de pouvoir dans l’histoire de la musique, mais aussi dans la tradition philosophique et sociologique, nous nous interrogerons sur sa pertinence actuelle pour parler de musique, et même d’art en général, notamment face à la question du sublime.

        


        

SublimAE passés

         

         

Ondine Bréaud-Holland (ESAP Monaco)

"Le sublime au risque du cinéma"

11 Avril, de 15h00 à 17h00

C’est en interrogeant le cinéma de Gus Van Sant que l’on se déplacera à l’intérieur du sublime. Car il y a, dans Gerry et Elephant, autant d’occasions d’approuver ce qu’ont déclaré des philosophes majeurs à propos du Sublime, dans des jeux de renvoi intellectuels puissants, (d’Edmund Burke à Mario Costa en passant par Emmanuel Kant et Jean-François Lyotard) que d’occasions de réfuter leur théorie ; et, si l’on veut bien prendre ces films comme des « signifiants » du sublime, il y a autant de cas où les images et les sons pourraient conforter certains énoncés-phares sur cette catégorie esthétique, que de cas où ils la mettraient à l’épreuve dans un fracas sans précédent.

Lisa Giombini (Università degli Studi Roma Tre)

"La notion de respect dans la conservation de l’art. Entre éthique et esthétique"

4 Avril, de 15h00 à 17h00

International conservation codes of ethics ask practitioners to treat historical objects and old buildings with ‘respect’. What does this mean ? The question has so far received little attention in conservation literature (Paine 2013, Pantazatos 2015). Taking a philosophical stance on the issue, this paper suggests that we cannot grasp how respect delineates ethical obligations for conservation professionals if we do not unearth the sources of these obligations, i.e., what counts as respectful behaviour and to whom respect is owed in the first place. Questioning the widespread understanding of respect as ‘preservation of the object’s integrity’ (Clavir 2002), it proposes to interpret respect as a form of ‘preservation of meaning’ (Goodman 1985, 1991 ; Muñoz Viñas 2005 ; Capdevila-Werning 2013). On this model, respect is directed not to the artifact itself, but to the people that take interest in it, those for whom the object is constitutively valuable.

The argument is structured as follows. I use section 1 to argue that, for respect to have steering force in conservation ethics, its normative sources must be unlocked. In section 2, I discuss some philosophical intricacies of the concept of respect : can we owe moral obligations toward old inanimate things ? In section 3, I examine one first meaning of respect in conservation, namely, preservation of the object’s integrity (either physical, historical, or aesthetic) and show its shortcomings. In section 4, I move on to defend the idea that past objects’ value depends on their being symbols for people, i.e., purveyors of meanings. I conclude by considering some implications of this second notion of respect for conservation.

Laura Ferreri (Université Lumière Lyon 2)

"Le plaisir musical : bases neurobiologiques et implications cognitives"

21 Mars, de 10h à 12h exceptionnellement

Music represents one of the most pleasurable stimuli throughout our lives. Recent research has shown that musical pleasurable responses rely on the activity of the mesolimbic system, with a main role played by dopaminergic transmission. The knowledge gained from basic science research about music and the reward system is now beginning to be applied to questions of memory and mood enhancement that can eventually lead to exciting new avenues for clinical research. Based on behavioural and neuropharmacological studies, this talk aims to explore and discuss the hypothesis that musical reward (and its enhancement) might drive improvements in both affective responses and higher cognitive functions, and more specifically memory

Pablo Fontoura & Jean-Marie Schaeffer (EHESS, CRAL)

28 Fevrier, de 15h00 à 17h00

Voir et regarder une œuvre visuelle mimétique est un processus éminemment complexe, d’ordre perceptif, cognitif et appréciatif (du moins lorsque ce regard s’inscrit dans une attitude d’attention esthétique/artistique). D’un côté, l’exploration visuelle des représentations figuratives bidimensionnelles active des capacités visio-mimétiques universelles. De l’autre, la culture et l’histoire informent toujours notre perception, et tout particulièrement le regard que nous portons sur des œuvres d’art. Cette question de l’interaction entre traitement perceptif et catégorisation culturelle se pose évidemment aussi à propos du sublime. Nous nous intéresserons ici à un aspect très spécifique de la question : le rôle (ou l’absence de rôle) de la taille dans l’effet de sublime. Dans les théories du sublime, celui-ci est souvent lié à des références concernant l’immensité, la grandeur (physique ou métaphorique) des phénomènes qui en sont la manifestation. On remarque aussi que la plupart des œuvres visuelles qui sont qualifiées de “sublimes”, sont de grande taille.Or, la taille d’une peinture contraint notre vision de multiples manières. Cela vaut tout particulièrement pour les œuvres dont la taille dépasse celle du spectateur. Est-ce que la vision en contre-plongée (du bas vers le haut) qu’il doit adopter peut influencer son ressenti et en particulier être responsable pour une partie de l’impression de « sublime » ? Ou encore : le fait qu’un tableau de très grande taille nous oblige à changer de distance pour l’embrasser en entier et pour voir les détails, transforme-t-il la dynamique du parcours du regard, voire notre rapport physique avec ce qui est montré, d’une manière telle que se produise un effet de « sublime » ? Pour introduire à cette question nous nous appuierons ici sur une étude de cas : celle du Retable d’Issenheim (1512-1516), de Matthias Grünewald. Ce polyptyque, de très grande taille, et considéré généralement comme une œuvre « sublime », a fait l’objet d’études oculométriques de la part de Pablo Fontoura. Bien que l’enjeu de ces études n’ait pas été la question du sublime (mais plutôt celle de l’interaction entre la matérialité de l’œuvre et ses niveaux iconique et symbolique), certains des faits observés lors de l’enregistrement des parcours des regards des spectateurs ouvrent peut-être la voie à une étude de la relation entre taille des œuvres et effet de « sublime ».

Carole Talon-Hugon (Sorbonne Université)

“Généalogie de la survenance du concept de sublime au XVIIIème siècle”

31 Janvier, de 15h00 à 17h00

Pourquoi la catégorie de sublime apparaît-elle et occupe-t-elle la place d’un philosophème majeur dans le champ de l’esthétique au XVIIIème siècle ? On soutiendra la thèse selon laquelle l’éclosion de ce concept doit être compris en relation avec le devenir de l’idée de beauté, elle-même affectée par l’aisthétisation qui résulte de l’épistémé de la science moderne. Lorsque les qualités sensibles secondes n’existent plus que pour un sujet humain, le beau n’est plus qu’une propriété relationnelle et perd tout lien avec l’intelligible. Après que le beau s’est installé dans l’immanence, le sublime réintroduit de la verticalité. Instaurant un axe de transcendance à l’intérieur du sensible, il fait signe vers un au-delà du sensible. La survenue du sublime signifie en ce sens la nostalgie d’un absolu auquel l’accès est barré en même temps qu’indiqué.

Alice Dupas (Université Grenoble Alpes)

"L’approche neuroscientifique du sublime : Applications et limites pour l’étude des arts visuels"

13 Decembre, de 15h00 à 17h00

Dans son Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Lalande définit l’esthétique comme ce qui « concerne le Beau ». Si le Beau n’est donc pas spécifique à l’art – puisque l’esthétique déborde l’artistique –, il s’est toutefois imposé comme valeur artistique fondamentale au point que l’on en vienne à parler de beaux-arts. Dans la neuroesthétique, qui va particulièrement nous intéresser dans cette présentation, le beau est naturellement devenu la catégorie esthétique la plus étudiée. Mais l’élargissement des valeurs esthétiques dans l’art avant-gardiste, puis dans l’art contemporain (en particulier visuel), invite à interroger la possible naturalisation de ces autres catégories, à l’instar du laid, de la peur, du vertige, ou encore du dégoût. Nous nous demanderons dans ce cadre si le sublime, qui mêle au plaisir de telles émotions dites négatives, peut lui aussi être naturalisé. Mais cette première interrogation sera pour nous l’occasion d’interroger plus largement le projet de la neuroesthétique et d’y voir les limites d’une théorie réductrice qui voudrait expliquer – si on la caricature quelque peu – une catégorie aussi complexe et intégrative que celle de sublime par ses corrélats neuronaux. Si le sublime est, ainsi que le soulignait Burke, une affaire d’intensification du sensible, le projet de l’esthétique incarnée, et plus précisément de la somaesthétique, de faire de l’art une dramatisation incarnée du réel qui excède l’analyse neurobiologique, semble plus enclin à rendre compte de cette sublimité. C’est donc ce projet, pour finir, que nous analyserons

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Esteban Buch (EHESS, CRAL) & Mario Lorenzo (EHESS, CRAL)

"Le beau vs le sublime : l’apport de l’analyse musicale"

22 Novembre, de 15h00 à 17h00

L’enquête sur le sublime musical conduite au sein de l’ANR SublimAE, présentée en juin dernier dans ce même séminaire, a montré des différences significatives entre l’expérience du sublime et celle du beau. Chaque répondante ayant identifié des morceaux de musique comme objet de ses expériences d’écoute, il s’agira dans cette séance de déterminer si, et dans quelle mesure, ces expériences différenciées correspondent à des musiques elles aussi différentes. La méthodologie suivie pour objectiver ces données musicales s’éloigne des méthodes traditionnelles de la musicologie, et privilégie les analyses algorithmiques provenant de l’acoustique et l’informatique musicale, regroupées aujourd’hui sous l’appellation Music Information Retrieval (MIR), et employées en partie par les plateformes de streaming tel Spotify ou Youtube pour leurs services de recommandation. Au terme de la présentation de ces résultats empiriques, nous proposerons une discussion sur le lien entre objets musicaux, descripteurs verbaux, et catégories esthétiques.

Larissa Berger (Forschungsinstitut für Philosophie Hannover)

"What Is It Like to Feel Beauty"

8 Novembre, de 15h00 à 17h00

One of the central and, indeed, most influential claims of Kant’s theory of beauty is that the pleasure in the beautiful is disinterested. However, what this thesis of disinterestedness (TD) means has been highly disputed. Moreover, it has been objected that TD leads to highly problematic consequences, most importantly, that we should not care at all for beautiful objects. In my talk I aim to show that TD has a complex meaning which can be unfolded on several levels. To get a proper theoretical grasp on this thesis one needs to take into account the notions of the free play of the faculties, form and purposiveness without a purpose. But since these notions are only available much later after disinterestedness has been introduced, and moreover, since these notions are only derived from TD, I will argue that we are in need of a more intuitive grasp on TD. This grasp is phenomenological : the pleasure in the beautiful feels disinterested, that is, detached of any desiring.

Dustin Stokes (University of Utah), TBA

"Expertise and the contents of experience"

18 Octobre, de 15h00 à 17h00

This lecture begins with the thesis that thinking improves perceiving. Cases of perceptual expertise are cases where perceptual experience is, to some degree, optimized ; and the relevant improvements depend on the domain-sensitive cognitive learning of the expert. This has significant epistemic consequences (see Lecture 2), but it also has important consequences for how we theorize perceptual content. First, determinants of perceptual content are not Objective in a purely mind-independent sense ; they are inter-subjectively objective. They include facts about the environment, but also facts about the perceiver’s epistemic community, which can be very broad or quite narrow. Perceptual success, including accuracy, is determined in part by the task or goal of the perceiver, which can be specific to a domain, be it forensics or football. Second, enhanced perceptual sensitivity of this kind – to patterns, gestalts, and organizational features – is to enjoy rich perceptual content. Importantly, this lesson is partly learned by considering cases of perceiving aesthetic properties : The ballet instructor sees not only the colours, edges, shapes, and motion of her pupils but also how those features are organized in ways that are balanced or serene or graceful.

Amélie Jacquot (Université Paris 8) 

"Étudier le sublime en musique : une approche expérimentale"

14 juin, de 13h00 à 15h00

L’étude expérimentale des expériences esthétiques, et plus spécifiquement du sublime, s’accompagne de difficultés méthodologiques quant à l’opérationnalisation des concepts et la création de stimuli capables de déclencher ces expériences en laboratoire. Récemment, un intérêt particulier a été accordé à la réalité virtuelle pour étudier le sublime. Étonnamment, bien que les neurosciences cognitives utilisent régulièrement la musique pour induire de fortes émotions, peu d’études ont eu recours à ce type de stimuli pour investiguer le sublime. Dans ce séminaire, nous essayerons de voir comment nous pouvons espérer évaluer une expérience de sublime auprès de différents participants dans le cadre restrictif d’une étude en laboratoire. Nous présenterons la méthodologie et les premiers résultats expérimentaux obtenus pour une de nos études qui interroge les caractéristiques de l’expérience du sublime en musique.

Hyojun Lee & Marco Sperduti (LMCC)

"The beauty and the self"

31 mai, exceptionnellement de 11h00 à 13h00

A long-lasting and unresolved debate in the field of aesthetics is the extent to which beauty is inherent to the object of appreciation or to the subject contemplating it. Several studies suggest that physical features (e.g., symmetry, contrast) of an artwork influence aesthetic judgement. Nevertheless, this objectivist approach fails to explain the idiosyncratic nature of aesthetic experiences (AE). Recent models propose a multi-process account of AE, integrating a subjective evaluation based on self-referential processing. This proposition seems coherent with neuroimaging studies showing activation of a common neural network during AE and self-reference. Nevertheless, behavioural data supporting this hypothesis is scarce. We took advantage of the self-reference effect (SRE) in memory – the mnemonic advantage for material encoded in a self-related mode – to test the hypothesis that aesthetic judgement is based on self-related processes. We predicted that if aesthetic judgement recruits self-referential processing, incidentally encoding artworks in this condition should produce a similar mnemonic advantage as the SRE. To test this hypothesis, 30 participants incidentally encoded 60 painting in three conditions : self-reference, judgement of beauty and judgement of symmetry (control condition). We found that items encoded in the aesthetic judgment condition were as well recognized as those encoded in self-reference condition when participants gave extreme judgements on the beauty scale during encoding. These findings suggest that at least intense AEs activate an individual’s sense of self.

Sandra Shapshay (CUNY)

"The Sublime Aesthetics of Monuments"

17 mai, exceptionnellement de 17 h à 19 h

This presentation explores the use of sublime responses in works of public commemorative art, like monuments and memorials. Traditional monuments have long aimed to provoke a “monumental” response that seems a close cousin of the sublime. And several recent, prominent memorials—Peter Eisenman’s Memorial to the Murdered Jews of Europe (2005) in Berlin, Michael Arad’s National 9/11 Memorial (2011) in New York, and the MASS Design Group’s National Memorial for Peace and Justice (2018) to the victims of anti-Black, racial terror lynching in the United States, in Montgomery, Alabama—seem clearly intended to overwhelm the spectator utilizing pronounced, sublime aesthetic codes. Yet it would be inapt to say that their intended aesthetic effect is truly that of the sublime, for the overall valence of the sublime is positive, pleasurable and uplifting, and the overall valence of (appropriate) experience with these memorial works is negative, painful, verging on horror. Utilizing what I’ve called a “two-tiered theory of the sublime,” (Shapshay, BJA 2021) as well as an analysis of a related aesthetic category, “the monumental” (Shapshay, JAAC 2021) I shall offer an analysis of what seems to be transpiring in these cases that seem to verge on but also veer away from provoking a sublime response, and thus hope to shed some light on the uses of the sublime response in art.

Jérôme Dokic (EHESS-IJN)

"Self-transcendent experiences and the sublime"

12 avril, de 13h00 à 15h00

Dans la littérature comme dans la science, les descriptions abondent d’expériences « d’auto-transcendance », qui semblent modifier les frontières entre soi-même et le reste du monde. Les sujets de ces expériences rapportent souvent qu’ils se sentent étendus, unis au monde, ou au contraire diminués, comme s’ils étaient minuscules ou insignifiants, voire entièrement coupés du monde. Parfois, ils rapportent la disparition de leur propre distinction d’avec le monde (« ego-dissolution »). L’objectif de la présentation est de rendre compte des expériences auto-transcendantes et d’identifier le niveau de conscience de soi dont elles relèvent. L’hypothèse principale défendue est que les expériences d’auto-transcendance sont des cas particuliers de sentiments métacognitifs de familiarité ou d’étrangeté. Les recherches théoriques et empiriques sur les seconds peuvent alors être exploitées pour jeter la lumière sur les premières.

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