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Soutenance de thèse - Amélie Faucheux - "Massacrer dans l’intimité : la question des ruptures de liens sociaux et familiaux dans le cas du génocide des Tutsis du Rwanda de 1994"

 

 

La soutenance aura lieu le 14 janvier 2019 dans la salle de séminaire du Département Etude Cognitive/DEC, 29 rue d’Ulm 75005 Paris

 

Le jury sera composé de: 

Mme Gloria Orrigi (Directrice de thèse), CNRS

M. Hady Ba, Université Cheikh-Anta Diop (Dakar)

M. Rémy Bazenguissa-Ganga, EHESS

Mme Véronique Nahoum-Grappe, EHESS

M. Gassana Ndoba, Université du Rwanda

Mme Valérie Rosoux, Université Catholique de Louvain (Belgique)

M. Paul Rutayisire, Université du Rwanda

 

Résumé

Comment peut-on en arriver à vouloir exterminer une partie de ceux que l’on a connus, y compris ses plus proches ? À l’exemple significatif entre tous de cette femme dans le camp de réfugiés de Ravucindu « hutue mariée chez les tutsis » qui pose son enfant et part, « laissant là mourir de faim son fils, parce que son père, seulement, est tutsi » ; à l’exemple encore de ce prêtre de père hutu, aujourd’hui emprisonné à Muhanga, et qui torture sa mère tutsie tous les jours, jusqu’à ce qu’elle se suicide ; ou ce jeune milicien qui attaque à l’épée un stade où se sont réfugiés des milliers de personnes puis retrouve par terre la carte d’identité de son oncle maternel et se demande en haussant les épaules : « Est-ce moi qui l’ai tué, celui-là ? ». Comment est-il possible de rompre de façon aussi massive des liens qui semblent indestructibles ? Car qui peut honnêtement dire qu’il pourrait un jour oublier ses amis, sa mère, son frère ou sa famille ? L’objet de cette thèse est d’essayer de comprendre le mécanisme des ruptures de liens sociaux et familiaux et leur rôle dans le cas du génocide des Tutsis du Rwanda de 1994. Un génocide qui fit près d’un million de morts en cent jours et dont 60% des victimes auraient été tuées par des personnes qu’elles connaissaient là où elles habitaient. Dominé par le souci de chercher une explication qui ait quelque portée générale, ce travail propose, à partir de données empiriques obtenues presque exclusivement de première main (par plusieurs enquêtes successives de terrain au Rwanda, au Bénin et en Afrique du Sud entre 2014 et 2017 ), un cadre d’analyse des ruptures de liens sociaux et familiaux qui peuvent rendre possibles des massacres perpétrés dans la sphère intime au sein d’un projet d’extermination totale d’un groupe par un autre groupe. À la question : « Comment une telle rupture de liens sociaux et familiaux a-t-elle été possible ? », cette thèse répond en mettant en évidence l’importance cruciale d’un processus de double identification. Elle ne nie pour autant nullement le rôle des divers avantages (matériels ou symboliques) dont ont pu bénéficier les génocidaires par leurs crimes dans un tel contexte, mais montre que ces identifications-mêmes ont pu jouer un rôle dans ce calcul coûts/avantages.

 

 

 


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