Filières
principales
a.
LANGAGE, COMMUNICATION ET COGNITION [
détails
]
La recherche des membres de l'équipe
sur le langage et la communication se répartit en cinq
rubriques:
-
philosophie de la logique et du langage;
- pragmatique linguistique;
- pragmatique et psychologie cognitive;
- sémantique cognitive;
- modèles de l'indexicalité.
Ces
travaux jouent un rôle-charnière dans les recherches
de l'équipe, pour deux raisons principales.
o
Tout d'abord, la philosophie de l'esprit (dont relèvent
les recherches regroupées sous les sections b et c) exploite
largement les apports de la philosophie du langage. Les grands
concepts élaborés dans l'étude du langage
(référence, compositionnalité, etc.) ont
trouvé un domaine d'application nouveau dans l'étude
des concepts et de la pensée.
o
Les recherches de l'équipe sur le langage et la communication
se concentrent sur la dépendance contextuelle et la part
de contenu qui n'est pas directement encodée dans les phrases
du langage mais doit être inférée à
partir de connaissances non spécifiquement linguistiques.
Ces recherches ont elles-mêmes un impact notable sur les
travaux regroupés sous les autres rubriques. La théorie
pragmatique de la communication est un des instruments utilisés
pour l'étude cognitive des faits culturels et sociaux (section
d); et les recherches sémantiques sur l'indexicalité
inspirent bien des développements sur les niveaux de contenu
liés à la perception et l'action (section c et thème
transversal "Indexicalité mentale"). Réciproquement,
les recherches linguistiques de l'équipe, en particulier
celles qui concernent la "sémantique cognitive",
profitent des avancées théoriques dans les autres
domaines (cognition située, recherches sur l'espace, théorie
de la simulation, etc.)
b.
NATURE
ET ROLE DES CONTENUS MENTAUX
[ détails
]
Le but général des recherches regroupées
sous cette section est d'examiner en détail la conception
naturaliste et individualiste des représentations mentales
qu'adoptent dans leur pratique les sciences cognitives. Cette
conception sera aussi confrontée à celle qui se
révèle dans la pratique des sciences sociales (section
d).
Les sciences cognitives traitent les représentations mentales
comme des états ou événements cérébraux
susceptibles d'entrer dans les chaînes causales que sont
les processus cognitifs. Or ce qui caractérise les représentations
mentales, en tant que représentations, c'est qu'elles ont
un contenu ou une "intentionnalité". Examiner
les fondements de la conception naturaliste et individualiste
des représentations mentales, c'est chercher à savoir
si leur intentionnalité peut être "naturalisée"
ou si, au contraire, le hiatus entre les entités douées
de contenu sémantique et celles qui en sont dépourvues
est irréductible. Quatre problèmes, en particulier,
retiennent l'attention des chercheurs dans la mesure où
ils constituent un défi pour une conception naturaliste
et individualiste des représentations mentales: le holisme
(ou "cercle herméneutique"), la normativité
sémantique, l'externalisme (le caractère relationnel
des propriétés sémantiques) et, enfin, la
dimension subjective, qualitative et phénoménologique
de l'expérience. Pour aborder ces questions, les chercheurs
confronteront les résultats empiriques obtenus en sciences
cognitives avec les conditions normatives sur la possession des
concepts mises en évidence par les philosophes contemporains
du langage et de l'esprit.
c.
PERCEPTION ET ACTION: CONTENUS NON CONCEPTUELS
[ détails
]
Les thèmes de la perception et de l'action constituent
des points d'entrée complémentaires dans un ensemble
de problématiques centrales en philosophie de l'esprit.
Une question commune aux membres de l'équipe impliqués
dans ces recherches concerne l'objectivité, c'est-à-dire
la capacité de distinguer, comme l'écrit Strawson,
"le chemin subjectif de l'expérience et le monde objectif
où ce chemin est tracé".
Les recherches dans ce domaine mettent en évidence la diversité
des types de représentations à l'uvre dans
la perception, l'action et la cognition, ainsi que l'existence
de divers niveaux de contenu - et en particulier la nécessité
d'une distinction entre contenu conceptuel et contenu non conceptuel.
La diversité des formats représentationnels pose
le problème de l'interface entre ces représentations
(relations "horizontales" entre modalités sensorielles
et liens entre perception et action, d'une part; articulation
"verticale" des représentations perceptives et
motrices avec les représentations conceptuelles et linguistiques
d'autre part). Outre ce problème, et celui des rapports
entre capacités de perception et d'action et capacités
de "mentalisation" (attribution à soi-même
et à autrui d'états mentaux), l'analyse de la perception
et de l'action conduira certains chercheurs de l'équipe
à s'intéresser aux dimensions non conceptuelles
de la conscience de soi. De quelle nature est la conscience de
soi minimale d'un sujet percevant et d'un agent? Ils se demanderont
si la conscience de l'agir est du même type que la conscience
perceptive.
d.
SOCIETE, CULTURE ET COGNITION
[ détails
]
Les relations entre sciences sociales et
sciences cognitives s'articulent autour des deux notions fondamentales
de représentation et de rationalité. Quel rapport
y a-t-il entre les représentations (collectives, sociales,
culturelles) étudiées par les sciences sociales
et les représentations mentales étudiées
par les sciences cognitives? La notion de rationalité est-elle
seulement normative ou à la fois normative et descriptive?
Les membres de l'équipe proposent différentes réponses
à ces questions, les unes allant dans le sens d'une naturalisation
partielle des sciences sociales, les autres dans le sens d'une
socialisation partielle des sciences cognitives.
Tandis que les recherches en psychologie du raisonnement semblent
mettre en évidence une non-adéquation entre les
processus d'inférence des humains et une norme abstraite
de rationalité, plusieurs programmes de recherches en sciences
sociales, en particulier en économie et en sciences politiques,
analysent les phénomènes collectifs comme résultant
des actions cumulées d'agents rationnels. Les chercheurs
de l'équipe étudient l'articulation de ces perspectives
contrastées, à la fois d'un point de vue philosophique
et d'un point de vue empirique, à propos, par exemple,
du paradoxe des communs, de la théorie des institutions,
de problèmes de droit constitutionnel, ou du rôle
de l'autorité dans la formation des croyances collectives.
Sans les capacités cognitives qui permettent aux humains
de former des représentations mentales et de raisonner,
la culture ne serait pas possible. Dans quelle mesure ces capacités
contribuent-elles à expliquer la culture? Pour répondre,
il faut faire appel à l'anthropologie cognitive, qui examine
à la fois l'amplitude et les limites de la variabilité
des cultures, et à la psychologie du développement,
qui met en évidence les mécanismes permettant l'acquisition
des compétences culturelles. Certaines des recherches de
l'équipe portent précisément sur ces mécanismes
cognitifs. D'autres recherches visent à élucider
certaines propriétés de ces objets culturels par
excellence que sont les oeuvres d'art au moyen de l'étude
des mécanismes de la perception.
Thèmes
transversaux
INDEXICALITE
MENTALE
[
détails
]
Un système cognitif "incarné",
c'est-à-dire capable de perception et d'action en même
temps que d'intelligence, doit nécessairement être
subdivisé en sous-systèmes: l'information en provenance
de l'environnement est transmise d'un sous-système lié
à la perception et à l'action à un autre
sous-système où l'information peut-être emmagasinée
de façon durable et indépendante du contexte perceptif.
Dans cette conception, le contenu informatif d'une représentation
"égocentrique" (relevant du premier sous-système)
dépend du contexte perceptif, tout comme le contenu informatif
d'un énoncé indexical dépend du contexte
d'énonciation. En découle un programme de recherche,
aujourd'hui en plein essor, autour du thème de l'indexicalité
mentale. Plusieurs chercheurs de l'équipe ont participé
à ce courant de recherche dans les années passées
et entendent développer et systématiser ces recherches
dans les années à venir, en utilisant les ressources
de la sémantique formelle des langues naturelles pour éclairer
les phénomènes mentaux.
METAREPRESENTATION
[
détails
]
Au cours des vingt dernières années,
de très nombreuses recherches en psychologie cognitive
ont porté sur la capacité des humains de se représenter
les représentations mentales d'autrui et sur le développement
de cette capacité dans l'enfance. Les métareprésentations
jouent aussi un rôle dans la conscience, dans la communication,
dans le raisonnement et dans la transmission culturelle. Les membres
du groupe concernés par ce thème généralisent
l'étude des métareprésentations à
ces domaines. Ils cherchent à en élucider les propriétés
sémantiques (comment les représentations sont-elles
représentées?) et cognitives (la capacité
métareprésentationnelle relève-t-elle d'un
ou de plusieurs mécanismes spécialisés, ou
bien d'un mécanisme plus général?).
SIMULATION
[
détails
]
La notion de simulation est sollicitée
tant par les neurosciences cognitives de l'action et de la perception
que par la psychologie du développement, la philosophie
de l'esprit et l'esthétique. Les chercheurs de l'équipe
s'intéressent aux ressources conceptuelles et empiriques
qu'offre cette notion aussi bien pour l'étude de l'imagerie
(visuelle et motrice) que pour élucider les processus impliqués
dans diverses activités cognitives: capacités de
mentalisation ou "théorie de l'esprit", construction
de représentations complexes impliquant des modalités
ou d'autres opérateurs, compréhension du discours
et particulièrement des liens anaphoriques, fiction et
jeux de "faire-semblant", raisonnement contrefactuel.
VARIETES
DE LA CONSCIENCE [
détails
]
La conscience peut être "détachée"
ou "engagée", c'est-à-dire plus ou moins
théorique et contrainte par le contexte présent
de l'action. Les chercheurs de l'équipe examineront la
portée de cette distinction dans les domaines de la représentation
spatiale, temporelle et sociale (représentation d'autrui).
Ils se demanderont dans quelle mesure le fossé entre la
dimension qualitative ou phénoménologique et la
dimension représentationnelle de la conscience peut être
réduit. Ils étudieront le rôle des croyances
d'ordre supérieur dans la conscience phénoménale
et celui des jugements réflexifs dans la connaissance de
soi.