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Presentation

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Amélie Faucheux, Docteur en sociologie

 

Titre de la thèse  : Massacrer dans l’intimité : la question de la rupture des liens sociaux et familiaux dans le cas du génocide des tutsis du Rwanda de 1994.

Dirigée par Gloria Origgi, soutenue le 14 janvier 2019.

 

Résumé de la thèse :

Comment peut-on en arriver à vouloir exterminer une partie de ceux que l’on a connus, y compris ses plus proches ?
À l’exemple significatif entre tous de cette femme dans le camp de réfugiés de Ravucindu « hutue mariée chez les tutsis » qui pose son enfant et part, « laissant là mourir de faim son fils, parce que son père, seulement, est tutsi » ; à l’exemple encore de ce prêtre de père hutu, aujourd’hui emprisonné à Muhanga, et qui torture sa mère tutsie tous les jours, jusqu’à ce qu’elle se suicide ; ou ce jeune milicien qui attaque à l’épée un stade où se sont réfugiés des milliers de personnes puis retrouve par terre la carte d’identité de son oncle maternel et se demande en haussant les épaules : « Est-ce moi qui l’ai tué, celui-là ?  ». Comment est-il possible de rompre de façon aussi massive des liens qui semblent indestructibles ? Car qui peut honnêtement dire qu’il pourrait un jour oublier ses amis, sa mère, son frère ou sa famille ?
L’objet de cette thèse est d’essayer de comprendre le mécanisme des ruptures de liens sociaux et familiaux et leur rôle dans le cas du génocide des Tutsis du Rwanda de 1994. Un génocide qui fit près d’un million de morts en cent jours et dont 60% des victimes auraient été tuées par des personnes qu’elles connaissaient là où elles habitaient.
Dominé par le souci de chercher une explication qui ait quelque portée générale, ce travail propose, à partir de données empiriques obtenues presque exclusivement de première main (par plusieurs enquêtes successives de terrain au Rwanda, au Bénin et en Afrique du Sud entre 2014 et 2017 ), un cadre d’analyse des ruptures de liens sociaux et familiaux qui peuvent rendre possibles des massacres perpétrés dans la sphère intime au sein d’un projet d’extermination totale d’un groupe par un autre groupe.
À la question : « Comment une telle rupture de liens sociaux et familiaux a-t-elle été possible ? », cette thèse répond en mettant en évidence l’importance cruciale d’un processus de double identification. Elle ne nie pour autant nullement le rôle des divers avantages (matériels ou symboliques) dont ont pu bénéficier les génocidaires par leurs crimes dans un tel contexte, mais montre que ces identifications-mêmes ont pu jouer un rôle dans ce calcul coûts/avantages.

L’enquête de cette recherche a eu lieu sur les périodes suivantes : août-septembre-octobre 2014 (prison du TPIR, Akpro-Missérété, Bénin) ; Août-septembre 2015, Janvier-février-mars 2016 ; novembre-décembre 2017 (huit pénitenciers rwandais ont été visités : Kigali Nyarugenge – Kigali Gasabo – Muhanga – Musanze – Rubavu – Rilima – Huye - Rwamagana). Entre les périodes d’enquête, des compléments d’informations et d’interprétations ont été recherchés à l’école de Droit de l’Université de Berkeley, Californie, Etats-Unis (octobre-novembre-décembre 2015) et au Johannesburg Holocaust & Genocide Center à Johannesburg en Afrique du Sud (avril-mai 2016 ; août-septembre-octobre 2017) où j’ai aussi mené de nombreux entretiens avec des rescapés et des participants au génocide.

 

 

Title : Butchering behind closed doors : 
Examining the breaking of social and family relationships. 
The case of the genocide against the Rwandan Tutsis in 1994.

ABSTRACT :
How can we reach the point where we exterminate some of those we have known, including our loved ones ?
Like the significant example of this hutu woman, married to a tutsi, from the refugees camp in Raducindu, who left her child lying on the floor, letting him to starve to death, only because his father is a tutsi ; such as that priest, born from a hutu father, and now jailed, who tortured daily his mother, a tutsi, until she committed suicide ; or like this young militiaman who slaughtered a crowd with a sword in a stadium where thousands of people had taken refuge and then found on the ground the ID card of his uncle, had a look at it, shrugged his shoulders and wondered "did I kill this one ?" : How conceivable is this massive severing of ties, which seemed otherwise indestructible ? Who can expect he would be able one day to forget his friends, his mother, his brother or his family ?

This dissertation examines the mechanism leading to the collapse of social and family ties and its role in the case of the genocide against Tutsis in 1994 in Rwanda. Close to 1 million Rwandan Tutsis were exterminated over a period of 100 days. It is estimated that 60% of these victims were killed by people they knew.
The present work tries to offer an explanation of some general scope by building an analytical apparatus based almost exclusively on empirical data gathered during field research in Rwanda, Benin, and South Africa between 2014 and 2017. This analytical apparatus examines how - within a crisis context - ties can break and lead to massacres in the intimate space of social and family relationships.

To the question : "how can such destruction of social and family ties be possible ? ", this dissertation responds by highlighting the pivotal importance of a dual identification process. By doing so, it does not exclude the role played by the various advantages (material or symbolic) which benefited those who committed the genocide, but it demonstrates that these identifications themselves may have weighed strongly in this cost/benefit calculation.

KEYWORDS : Identity, Identification, Genocide, Intimacy, Rwanda, Massacres, Ethnicity, Behavior change, Social and family ties.

 

 

Spécialité et domaine de recherches  : 

Passage à l’acte de massacrer, mécanismes de la violence extrême.

Violences racistes et discriminations.

Études des manifestations de violences qui ont traits à des injustices qui (1) s’étalèrent sur une longue période, (2) ont impliqué une part importante de la population du pays, (3) ciblaient en priorité leurs victimes en raison non de choix idéologiques mais de leur appartenance à des groupes pensés comme fondamentalement inégaux ou non miscibles dans le corps social. En particulier le cas du génocide des Tutsis du Rwanda et le Régime de l’Apartheid en Afrique du Sud.

Processus de reconstructions et résiliences en situation post conflit.

Effets de la justice transitionnelle et des commissions vérités sur les préjugés collectifs et les volontés de vengeances en situation post conflit.

Mots clefs : génocides, violences extrêmes, discriminations, racisme, sexisme, Intimité, Rwanda, Afrique du Sud, Cambodge, Ethnicité, Changements comportementaux, Liens sociaux et familiaux.

Actuellement au Rwanda, je travaille sur les effets de la paroles auprès des survivants du génocide des Tutsis rwandais.

 

 

 

 

 


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