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Note
biographique
Lorsque Jean George Pierre Nicod meurt le 16 février
1924 à l'âge de 31 ans, trois ouvrages fondamentaux
lui valent une renommée certaine. Le mémoire qu'il
présente en 1916 à la Cambridge Philosophical Society
est particulièrement important pour l'histoire de la logique
formelle. Dans ce travail intitulé « Une réduction
du nombre de propositions primitives de la logique », Nicod
montre les conséquences de l'application d'une découverte
faite par Henri Maurice Sheffer en 1913, sur les axiomes de la logique
classique des connecteurs, tels qu'ils sont présentés
dans les Principia Mathematica d’Alfred North Whitehead et Bertrand
Russell. Dans son article "Un ensemble de cinq postulats indépendants
pour les algèbres booléennes, avec une application
aux constantes logiques ", Sheffer avait montré que
les connecteurs de la logique classique peuvent être représentés
par un connecteur particulier « rejet » (plus tard «
NOR ») - ou par sa forme duale, plus tard appelée «
NAND » ou « opérateur de Nicod » - que
Nicod est ensuite le premier à appeler le « stroke
» - « trait » - de Sheffer. Nicod parvient à
montrer que les axiomes de la logique classique des connecteurs,
formulés par Whitehead et Russell, peuvent être réduits
à un seul axiome dont l'expression contient comme seul connecteur
l'opérateur de Nicod, ou sa forme duale.
Dans sa préface à la deuxième édition
des Principia mathematica, Russell caractérise les travaux
de Sheffer et Nicod comme "les améliorations les plus
nettes qui résultent du travail accompli en logique mathématique
pendant ces dernières quatorze années », ajoutant
qu’il aurait fallu entreprendre « une réécriture
complète des Principia mathematica », pour en tenir
compte dans la seconde édition.
Plusieurs rééditions et traductions
attestent de l'importance des deux thèses de Nicod (1923).
La thèse principale, dédiée à Russell
et intitulée : « La géométrie dans le
monde sensible », traite du rapport entre géométrie
et perception en utilisant des méthodes mathématiques
et logiques, tout en prenant en considération des problèmes
psychologiques. La thèse complémentaire, dédiée
à André Lalande et intitulée : « Le problème
logique de l'induction », traite ce problème surtout
à travers une lecture du « Traité sur la probabilité
» (A Treatise on Probability) que John Maynard Keynes (1883-1946)
avait publié en 1921.
Ces travaux promettaient à Nicod un grand
avenir et le faisaient apparaître comme successeur scientifique
possible du logicien français Louis Couturat qui avait disparu
après un accident tragique.
Jean Nicod est né en 1893. Sa famille, «
de grande culture intellectuelle », est probablement d'origine
suisse (Genève, Lausanne). Déjà en tant qu'adolescent,
Nicod se tourne vers les sciences de la nature; grâce à
une formation spécialisée en mathématiques
d’une durée de deux ans, il possède déjà,
à l'âge de 18 ans, des connaissances solides en mathématiques.
De 1911 à 1914, il étudie à la Sorbonne entre
autres la logique, peut-être chez Lalande. Il y obtient la
licence, le diplôme d'études supérieures et
l'agrégation. Par ailleurs il fréquente des cours
à l'Ecole des Hautes Etudes et à la Faculté
des Sciences et apprend parfaitement le grec et l'anglais. À
cause de sa faible constitution physique, il est dispensé
du service militaire lorsqu’éclate la Première Guerre
Mondiale. Nicod se rend ensuite à Cambridge où il
étudie entre autres, la logique et la logistique chez Russell,
mais aussi l'arabe. C'est à cette époque qu’il étudie
les Principia mathematica. Nicod obtient à Cambridge le diplôme
de « Bachelor of Arts » (B.A.). Dans une lettre à
Raphaël du 19 septembre 1933, il mentionne qu’il a démontré
dans son mémoire de B.A. les deux axiomes de permutation
et d'association à partir des trois autres.
A la fin de la guerre Nicod rentre en France. Il
y épouse sa collègue d'études Thérèse
Jouanest avec laquelle il a probablement un fils. Nicod commence
à enseigner la philosophie dans des lycées à
Toulon, Cahors et Laon. Il continue à entretenir un contact
étroit, scientifique mais probablement aussi personnel avec
Russell. Ainsi il discute par exemple avec Russell le manuscrit
du Tractatus Logico-philosophicus que Wittgenstein avait envoyé
à Russell lorsqu'il était prisonnier de guerre en
Italie. C’est en 1919 que Nicod décide « d’écrire
une thèse sur le monde externe ».
En 1921 il obtient un emploi au Bureau International
de Travail qui dépendait de la Société des
Nations à Genève, pour lequel il était qualifié
par ses compétences linguistiques et par ses solides connaissances
en droit et en économie. Souffrant de la tuberculose, Nicod
est cependant contraint à de longues interruptions de travail
et à des séjours de cure. En 1923, Nicod est chargé
de rédiger une étude sur le principe de liberté
de l'association syndicale qui a ensuite été publiée
à titre posthume. Pendant cette époque Nicod donne
également des cours sur l'histoire de la philosophie grecque
à l'Ecole des Hautes Etudes et travaille à la rédaction
de sa thèse.
Le 16 février 1924, Nicod meurt à
Genève après une soudaine complication de sa tuberculose,
juste avant la soutenance de ses thèses déjà
soumises et imprimées. En 1924 (à titre posthume ?)
il reçoit le Prix Gegner de l'Académie des Sciences
Morales et Politiques.
Prof. Dr Volker PECKAUS
Universität Paderborn
Kulturwissenschaftliche Fakultät
Institut für Humanwissenschaften: Philosophie
Warburger Str. 100
D-33098 Paderborn
http://www-fakkw.upb.de/institute/philosophie/Personal/Peckhaus/
[Traduit de l'allemand par Max Kistler]
Oeuvres 
(1) “A Reduction in the Number of Primitive Propositions
of Logic”, Proceedings of the Cambridge Philosophical Society 19
(1917-20), 32-41.
(2) (Nr. I) [tiré à part], University Press, Cambridge,
1917.
(3) “La géométrie des sensations de mouvement”, Revue
de métaphysique et de morale 28 (1921), 537-543.
(4) « Les tendances philosophiques de M. Bertrand Russell
», Revue de métaphysique et de morale 29 (1922), 77-84.
(5) « Mathematical Logic and the Foundations of Mathematics
», in The Encyclopedia Britannica. The New Volumes, 12ème
éd., vol. 3 (le second des nouveaux volumes), The Encyclopedia
Britannica, London/New York, 1922, 874-876.
(6) La géométrie dans le monde sensible, Paris, 1923
(Thèse Univ. Paris).
(7) Le problème logique de l'induction, Paris, 1923 (Thèse
complémentaire Univ. Paris) ; sur la page du titre : Bibliothèque
de philosophie contemporaine)
(8) (N° 6), préface de M. Bertrand Russell, F. Alcan,
Paris, 1924.
(9) (N° 7), préface de M. André Lalande, F. Alcan,
Paris 1924.
(10) « Les relations des valeurs et les relations de sens
en logique formelle », Revue de métaphysique et de
morale 31 (1924), 467-80.
(11) “Freedom of Association and Trade Unionism : An Introductory
Survey”, International Labor Review (Genève) 9 (1924), 467-480.
(12) Foundations of Geometry & Reduction, Containing Geometry
in a Sensible World and the Logical Problem of Induction, avec des
prefaces par Bertrand Russell et André Lalande, K. Paul,
Trench, Trubner & Co., London; Harcourt, Brace & Co., New
York 1930 (=International Library of Psychology, Philosophy and
Scientific Method). Traduction par Philip Paul Wiener; publié
1929 (selon le National Union Catalog Pre-1956 Imprints) ; réimpression,
Routledge, London, 2000.
(13) (N° 12), Réimpression, Routledge & Kegan Paul,
London, 1950.
(14) (N° 12), Réimpression, The Humanities Press, 1950.
(15) (N° 7), préface de Bertrand Russell, Presses Universitaires
de France, Paris, 1961 (=Bibliothèque de philosophie contemporaine.
Logique et philosophie des sciences).
(16) (N° 6), Presses Universitaires de France, Paris, 1962 (=Bibliothèque
de philosophie contemporaine. Logique et philosophie des sciences).
(17) Foundations of Geometry & Induction, Containing Geometry
in a Sensible World and the Logical Problem of Induction, traduit
du français par John Bell et Michael Woods, avec des préfaces
par Roy Harrod, Bertrand Russell et André Lalande, Routledge
& Kegan Paul, London, 1969.
(18) (N° 17), University of California Press, Berkeley, 1970.
Littérature biographique 
- Note des éditeurs de N° 11, 467.
- Note de l’éditeur de la revue, X.L. (Xavier Léon),
à propos de N° 10, 577.
- « Jean Nicod (1893-1924) », nécrologue, Revue
de métaphysique et de morale (Paris) 31 (1924), Supplément,
n° de Juillet - Septembre 1924, 15 sq.
- Lalande, André, « Préface » à
N° 9, I-VI.
- Lalande, André, « Préface » à
N° 12, 197-202.
- Entrée « Nicod, Jean », in José Ferrater
Mora, Diccionario de Filosofia, 4 vols., vol. 3, Alianza Editorial,
Madrid, 1979, 2351-2352.
- Russell, Bertrand, The Autobiography of Bertrand Russell, vol.
2 : 1914-1944, George Allen and Unwin, 1968, 3ème éd.
1970 ; en particulier 96, 99sq., correspondance avec Jean et Thérèse
Nicod, 165-171.
- Portrait photographique avant la page titre de N° 15.

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