2. METAREPRESENTATIONS - détails

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Les systèmes cognitifs sont caractérisés par leur capacité de construire et de traiter des représentations mentales. Des systèmes cognitifs capables de communiquer produisent et interprètent en outre des représentations publiques. Les représentations, qu'elles soient mentales ou publiques, sont elles-mêmes des objets dans le monde. On les trouve à l'intérieur des organismes dotés de capacités cognitives et au voisinage des organismes dotés de capacités communicationnelles. Comme tout objet dans le monde, les représentations sont elles-mêmes susceptibles d'être représentées. Elles sont représentées au moyen de représentations de second ordre, ou métareprésentations. Si le terme "métareprésentation" n'est devenu courant que dans les années 90, l'idée générale est bien plus ancienne. Sous diverses appellations, les philosophes, les psychologues, les linguistes, les sémioticiens, les théologiens et les anthropologues ont étudié différents types de métareprésentations. Pour ne donner qu'un exemple, la Logique de Port-Royal consacre un chapitre à la distinction entre les "idées des choses" et les "idées des signes", ces dernières étant des représentations mentales de représentations publiques.
Les représentations mentales de représentations mentales (par exemple, la pensée "Jean croit qu'il va pleuvoir"), les représentations mentales de représentations publiques (par exemple, la pensée "Jean dit qu'il va pleuvoir"), les représentations publiques de représentations mentales (par exemple, l'énoncé "Jean croit qu'il va pleuvoir"), et les représentations publiques de représentations publiques (par exemple, l'énoncé "Jean dit qu'il va pleuvoir") constituent quatre grandes classes de métareprésentations. Les recherches passées ont le plus souvent porté sur seulement une de ces classes. Par exemple, les recherches psychologiques sur la "théorie de l'esprit" portent sur les représentations mentales des représentations mentales, la théorie littéraire de la réception porte sur des représentations mentales de représentations publiques, et l'étude sémiologique des phénomènes métalinguistiques porte sur des représentations publiques de représentations publiques.
En dépit de nombreux antécédents, les recherches actuelles sur les métareprésentations ont ceci de nouveau qu'elles s'insèrent d'emblée, avec les contraintes et les ressources que cela comporte, dans le cadre des sciences cognitives et de la philosophie de l'esprit. Elles prêtent donc une attention particulière à la notion et au phénomène mêmes de la représentation, et aux mécanismes mentaux et communicationnels qui produisent et utilisent des métareprésentations.
Plusieurs chercheurs de l'Institut jouent un rôle très actif dans le développement de la recherche sur les métareprésentations, comme en témoigne la parution en 2000 de deux livres: Oratio Obliqua, Oratio Recta: An Essay on Metarepresentation de François Récanati (MIT Press/Bradford Books) et Metarepresentations: a Multidisciplinary Debate sous la direction de Dan Sperber (Oxford UP).
Alors que la recherche actuelle sur les métareprésentations est très majoritairement consacrée à l'étude de la capacité d'attribuer des états mentaux à autrui et à ses pathologies (3.2.3), les chercheurs concernés ne s'intéressent pas moins au rôle des métareprésentations dans le langage, aussi bien d'un point de vue sémantique que d'un point de vue pragmatique. D'un point de vue pragmatique, l'étude des intentions communicatives et celle des niveaux de l'explicite (1.2.2) se focalisent sur cette forme particulière d'attribution d'état mental à autrui qui caractérise la communication. D'un point de vue sémantique, l'étude de la citation au-delà des exemples classiquement reconnus (1.2.2) et celle du discours indirect (1.5.3) et des "phrases de croyance" (1.1.3) mettent en évidence l'étendue des phénomènes métareprésentationnels dans la langue elle-même. Le point de vue sémantique s'articule à un point de vue sociologique dès lors qu'on aborde la composante déférentielle du sens (2.4.1), composante que l'on retrouve dans le contenu des croyances "essentiellement communicationnelles" (4.1.3) où le contenu des représentations mentales et des énoncés d'un individu renvoie aux représentations mentales d'autrui. Plus généralement, la réflexion sur les croyances culturelles (et en particulier religieuses, 4.3.3) est éclairée par une recherche sur les métareprésentations qui ne se limite pas à leur aspect psychologique.
L'intérêt commun des chercheurs impliqués pour les métareprésentations, et l'attention portée conjointement aux aspects psychologiques et aux aspects linguistiques vont parfois de pair avec des divergences théoriques importantes et de féconds débats. Ceux-ci portent en particulier sur la nature des métareprésentations, sur le degré de spécialisation, et sur le fonctionnement des mécanismes mentaux qui les sous-tendent.
Il est bien entendu que toute représentation d'une représentation n'est pas une métareprésentation. Si l'on suppose qu'une représentation mentale est un état cérébral d'un individu, alors une image du flux sanguin obtenu par tomographie par émission de positrons peut être une représentation d'une telle représentation mentale. Mais ce n'est pas une métareprésentation de la représentation mentale car elle n'en représente pas le contenu.
Comment une métareprésentation peut-elle représenter le contenu de la représentation métareprésentée? Selon une conception généralisante (Récanati), les métareprésentations authentiques incluent la représentation-objet comme partie propre: il y a un sens où la proposition que Jean croit qu'il pleut "contient" la proposition qu'il pleut. La représentation-objet est enchâssée sous un opérateur métareprésentationnel (par exemple, "Jean croit que"), opérateur qui, en dépit des apparences, n'est pas radicalement différent des opérateurs modaux (par exemple, "il se pourrait que") ou temporels (par exemple, "il y a dix ans"). Selon une conception particularisante (Sperber), la représentation est métareprésentée non pas grâce à une copie mais grâce à un analogue. La métareprésentation n'est donc pas vraie ou fausse, elle est plus ou moins fidèle, et l'opérateur métareprésentationnel est sui generis.
Selon la conception généralisante, la capacité métareprésentationnelle des humains ne relève pas d'une faculté spécifique, mais exploite un dispositif cognitif plus général à l'œuvre aussi dans tous les cas où une représentation est "modalisée" et évaluée relativement à une situation distincte de la situation égocentrique du sujet. Selon la conception particularisante, il existe une capacité métareprésentationnelle spécifique - un module métareprésentationnel ou peut-être même plusieurs modules pour différents types de métareprésentations; par exemple, outre un module de mentalisation ordinaire, un module pour la compréhension linguistique et un autre pour l'argumentation vue comme une activité éminemment métareprésentationnelle (1.3.2).
Selon la conception particularisante et modulariste, il existe un chevauchement entre les phénomènes de simulation (voir thème transversal "Simulation") et ceux de métareprésentation. Selon la conception généralisante, la métareprésentation n'est qu'un cas particulier d'exercice de la capacité de simulation. Selon cette conception, donc, nous ne pouvons nous représenter les représentations d'une créature que si celle-ci est suffisamment semblable à nous sur le plan cognitif - que si nous avons des ressources conceptuelles en commun. Ces ressources communes sont nécessaires dans la mesure où, pour former la métareprésentation, nous devons être capables de former aussi la représentation-objet, c'est-à-dire de nous représenter le monde (simulativement) comme la créature elle-même se le représente.
L'opacité référentielle des attributions de croyances et autres métareprésentations pose un problème évident pour cette conception. Il peut y avoir toutes sortes de divergences conceptuelles, y compris des divergences ontologiques fondamentales, entre celui qui attribue des états mentaux et la personne à qui il les attribue. Cela paraît contraire à l'idée que l'on doive partager les ressources conceptuelles de la personne à qui l'on attribue des états mentaux. Pour rendre compte de l'opacité et des phénomènes apparentés, on peut cependant faire intervenir la "déférence". L'existence d'un langage public permet à l'individu de transcender son propre système conceptuel, et donc de s'affranchir, dans certaines limites, de la contrainte de communauté conceptuelle qu'impose la structure même des métareprésentations.
Les recherches sur les métareprésentations relèvent donc à la fois des quatre sections "Langage, communication et cognition", "Nature et rôle des contenus mentaux", "Perception et action" et "Société, culture et cognition". En outre, elles s'articulent de plusieurs façons évidentes aux thèmes transversaux de l'indexicalité, de la simulation et de la conscience.

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